
L'eau des killis
Le Coin des débutants : comprendre, choisir et adapter son eau
Lorsqu’on débute avec les killis, on entend souvent parler de pH, de dureté, d’eau osmosée ou encore d’eau de pluie.
Cela peut sembler technique… alors qu’en réalité, les killis nous enseignent surtout une chose : la nature est extrêmement variée.
Selon les espèces, ces poissons vivent dans des eaux très différentes :
• eaux forestières sombres et acides
• mares temporaires chauffées par le soleil
• petits cours d’eaux de savane légèrement minéralisés
• ou encore prairies inondées parfois chargées en matières organiques
Alors quelle eau pour les killis ?
Comprendre l’eau des killis, ce n’est donc pas rechercher une valeur « parfaite » universelle. C’est surtout apprendre à adapter l’eau au poisson maintenu.
Une eau souvent douce… mais pas toujours identique
La majorité des killis vivent dans des eaux :
• peu minéralisées
• légèrement acides à neutres
• pauvres en courant
• riches en matières végétales en décomposition
En aquarium, les caractéristiques moyennes utilisées avec succès sont généralement :
• TH : 2 à 12°
• pH : 6 à 7, parfois un peu en dessous
Ces valeurs couvrent la majorité des espèces couramment maintenues.
Mais il faut garder à l’esprit qu’il existe d’importantes différences selon les genres et les régions d’origine.
Les espèces forestières africaines comme la plupart des Aphyosemion, Fundulopanchax ou Scriptaphyosemion apprécient souvent des eaux très douces et légèrement acides. Il en est de même pour la plupart des killis forestiers sud-américains (Rivulus).
À l’inverse, certaines espèces de savane des genres Nothobranchius, Hypsolebias ou Rachovia apprécient, voire réclament des eaux un peu plus minéralisées et un pH plutôt alcalin. Quant aux espèces méditerranéennes (genres Aphanius, Anatolichthys, Apricaphanius, Paraphanius,…), elles vivent pour la plupart dans des eaux dures et alcalines, quand ce ne sont pas des eaux saumâtres.
Le plus important reste la stabilité. Une eau imparfaite mais stable sera toujours préférable à une eau théoriquement idéale mais constamment modifiée.
Mesurer l’eau : le conductivimètre
En killiphilie, le conductivimètre (ou conductimètre) est un outil très utile pour évaluer rapidement la minéralisation de l’eau.
Il mesure la conductivité électrique, exprimée en microsiemens (µS/cm), qui reflète la quantité de sels minéraux dissous.
Selon les espèces de killis, la conductivité recherchée varie généralement entre 50 et 200 µS/cm. La conductivité constitue souvent un indicateur plus simple et plus parlant que la seule dureté (GH/KH), notamment lorsqu’on utilise de l’eau osmosée, de pluie ou des mélanges.
De nombreux appareils modernes mesurent également :
• le pH
• la température
• parfois même les solides dissous (TDS)
Ces petits appareils sont aujourd’hui faciles à trouver pour quelques euros sur internet ou dans les magasins spécialisés en aquariophilie.


L’eau du robinet : utile en complément, parfois suffisante
Bonne nouvelle pour les débutants :
dans beaucoup de régions, l’eau du robinet convient parfaitement à de nombreux killis.
Elle présente plusieurs avantages :
• facile d’accès
• économique
• stable dans le temps
• déjà équilibrée en minéraux
Cependant, sa qualité varie énormément selon les régions.
Certaines eaux sont très douces et conviennent presque directement. Elles correspondent principalement à des terrains granitiques, schisteux ou volcaniques pauvres en calcaire (Finistère, Morbihan, Côtes-d’Armor, partie ouest de la Loire-Atlantique, Corrèze, Creuse, Cantal, Lozère, Haute-Loire, massif des Vosges, certaines zones des Alpes et des Pyrénées).
D’autres sont très calcaires et devront être coupées : Ile de France, Nord et Artois, Champagne, Charentes, Jura, Vallée du Rhône, Gard, Héraut, Vaucluse, une partie de la Provence, Aveyron…
Avant toute chose, il est donc utile de connaître :
• le GH ou TH
• le KH
• le pH
• la présence éventuelle de nitrates
Ces informations sont généralement disponibles auprès du distributeur local d’eau.
Dans la plupart des cas, laisser reposer l’eau du robinet 24 heures avant utilisation suffit.
Cela permet notamment au chlore de s’évaporer.
Pour beaucoup d’espèces robustes et adaptées aux débutants, une simple eau de conduite légèrement adoucie fonctionne très bien.
L’eau osmosée : pour adoucir et maîtriser les paramètres
L’eau osmosée est une eau quasiment dépourvue de minéraux.
Elle est obtenue grâce à un osmoseur ou disponible gratuitement ou à faible coût dans certaines animaleries.
Utilisée seule, elle est souvent trop pauvre pour les poissons.
Mais mélangée à l’eau du robinet, elle devient un outil extrêmement pratique.
Elle permet :
• d’abaisser la dureté
• de réduire le KH
• de faciliter l’obtention d’un pH plus acide
• d’adapter l’eau à des espèces plus exigeantes
Par exemple :
50 % eau du robinet + 50 % eau osmosée permettent souvent d’obtenir une eau adaptée à beaucoup d’Aphyosemion et de Fundulopanchax.
L’avantage principal est la régularité. En utilisant toujours le même mélange, on obtient des paramètres stables.
L’eau osmosée est particulièrement utile lorsque l’eau de conduite est très dure ou très calcaire.


Les eaux minérales : une solution simple et fiable
Certaines eaux en bouteille peuvent également être utilisées avec succès.
Elles présentent l’avantage d’avoir une composition stable et connue.
Quelques eaux très utilisées en aquariophilie :
- Volvic
Faiblement minéralisée, stable et polyvalente.
Elle convient très bien à de nombreuses espèces de killis. - Mont Roucous
Très douce et très pauvre en minéraux.
Avec un pH est de 5.8, elle particulièrement intéressante pour certaines espèces forestières ou pour les reproductions. - Rosée de la Reine
Également très douce, souvent utilisée comme alternative. - Cristaline
Attention : sa composition varie selon la source.
Certaines conviennent, d’autres non.
Il faut toujours vérifier l’étiquette.
Les eaux minérales en revanche, dont la teneur en minéraux dissous est élevée comme leur nom l’indique, sont à proscrire pour la plupart des killis.
L’utilisation d’eau en bouteille peut être pratique :
- pour de petits volumes
- lorsqu’on élève une ou deux espèces seulement
- pour des reproductions délicates
- ou lorsqu’on souhaite éviter un osmoseur
Mais pour de nombreux aquariums, cela devient rapidement coûteux.

L’eau de pluie : naturelle… mais avec précaution
L’eau de pluie est probablement ce qui se rapproche le plus de certaines eaux naturelles des killis.
Très douce, souvent légèrement acide, elle peut donner d’excellents résultats.
De nombreux éleveurs l’utilisent depuis longtemps.
Mais elle demande quelques précautions importantes.
L’eau récupérée doit être :
- collectée loin des zones polluées
- n’ayant pas ruisselé sur des toitures en zinc (toits de Paris)
- stockée dans des récipients propres
- débarrassée des débris et impuretés par filtrage si nécessaire
Il faut également éviter :
• les premières pluies après une longue période sèche
• les toitures traitées chimiquement
• les récupérations dans des contenants métalliques oxydés
Selon les régions, la pollution atmosphérique peut rendre cette eau impropre sans contrôle préalable.
Bien utilisée, l’eau de pluie permet cependant d’obtenir une eau très douce idéale pour certaines espèces exigeantes.
Le rôle des feuilles et de la matière organique
Dans la nature, l’eau des killis est souvent chargée en feuilles mortes, racines et matières végétales.
Ces éléments libèrent des tanins qui :
• acidifient légèrement l’eau
• possèdent un effet antifongique naturel
• réduisent le stress des poissons
• reproduisent une ambiance plus naturelle
En aquarium, on utilise souvent :
• feuilles de catappa
• feuilles de chêne
• fruits d’aulne
• tourbe
L’eau prend alors une coloration ambrée appelée « eau noire ».
Contrairement à une idée reçue, cette coloration n’est pas sale :
elle correspond à l’environnement naturel de nombreuses espèces.


Température : stabilité avant tout
Les killis vivent dans des zones aux climats très différents, leurs besoins thermiques varient donc beaucoup.
Les espèces forestières des genres Aphyosemion, Epiplatys, Fundulopanchax ou Scriptaphyosemion, ou pour l’Amérique du Sud Rivulus et Simpsonichthys, vivent généralement entre 20 et 24 °C.
Les espèces de savane (Nothobranchius, Hypsolebias) apprécient souvent des eaux un peu plus chaudes.
Chez les espèces annuelles, les variations sont parfois spectaculaires.
Certains Nothobranchius vivent dans des eaux dépassant régulièrement 30 °C, tandis qu’à l’inverse certains Austrolebias passent l’hiver en extérieur sans encombre sous nos latitudes, même lorsque l’eau est recouverte de glace…
En pratique, la plupart des killis se maintiennent très bien entre 20 et 25 °C. A la température ambiante d’une pièce d’habitation, un chauffage n’est donc pas nécessaire.
Contrairement à beaucoup de poissons tropicaux, ils tolèrent généralement sans difficulté de petites variations quotidiennes de température.
Dans la nature, les mares peu profondes se réchauffent et se refroidissent rapidement.
Le plus important reste encore une fois d’éviter les changements brutaux.
Les changements d’eau : indispensables
Le renouvellement partiel et régulier de l’eau constitue l’une des bases de la maintenance des killis. Même dans un aquarium très planté, les déchets organiques s’accumulent progressivement.
Une règle simple consiste à remplacer environ un tiers de l’eau tous les quinze jours dans un bac moyennement peuplé.
Ces renouvellements permettent :
• de limiter les nitrates
• de stabiliser les paramètres
• d’éviter l’accumulation de substances organiques
• de stimuler parfois la reproduction
Mais attention :
Dans une eau ancienne devenue très acide, un changement brutal peut provoquer une remontée rapide du pH et libérer de l’ammoniaque toxique.
Dans ce cas, il est parfois préférable :
• soit de renouveler totalement l’eau
• soit de transférer temporairement les poissons dans un autre bac
Comme souvent avec les killis, l’observation reste plus importante que l’application stricte de règles.
Une eau adaptée… avant une eau parfaite
Au final, maintenir correctement des killis ne demande pas forcément une eau extrêmement technique.
La plupart des erreurs viennent surtout :
• des changements brusques
• d’une eau instable (plus l’aquarium est petit, plus l’instabilité sera grande)
• d’un excès de manipulation
• ou d’une maintenance trop compliquée
Les killis apprécient souvent une approche simple et naturelle. Une eau calme. Une bonne stabilité. Des plantes. Des feuilles mortes. Et surtout une adaptation cohérente avec l’espèce maintenue. Parce que tous les killis n’ont pas les mêmes besoins en termes d’eau.
Derrière les chiffres et les paramètres, l’objectif reste toujours le même :
reproduire un petit morceau de nature.