Fundulopanchax scheeli - photo Olivier Buisson

Comment choisir sa première espèce de killis ?

Auteur : Planète Killis

Ton bac est prêt. Bien planté, calme, à l’abri des sauts, avec une eau que tu as pris soin d’adapter. (Si ce n’est pas encore fait, notre article Aménager son premier bac à killis t’explique comment t’y prendre).
Reste la question qui angoisse – ou qui enthousiasme – tous les débutants : quelle espèce installer dedans ?
Bonne nouvelle : ce choix ne doit rien au hasard. Il se raisonne, à partir de quatre critères, toujours dans le même ordre :
1. ton bac (eau, plantes, sol…),
2. la température dont tu disposes,
3. ton expérience,
4. et seulement après, tes goûts.

L'heure du choix...

Le piège du coup de coeur

L’univers des killis est tellement vaste que la plupart des débutants ne savent pas par où commencer. Ils se laissent alors guider par leurs goûts personnels en matière de formes et de couleurs, ou par ce qui leur tombe sous la main. Dans un cas comme dans l’autre, cela peut être la source de nombreuses déconvenues : une espèce magnifique en photo mais bien trop exigeante pour un premier bac, un poisson acheté sans connaître son origine, ou pire, un mâle
solitaire qui n’aura jamais l’occasion de se reproduire faute d’avoir prévu la bonne configuration.

Rassure-toi : en partant de ton installation plutôt que de tes envies, tu élimines déjà la plupart des mauvaises surprises. Tes goûts entreront en jeu à la fin — et la bonne nouvelle, c’est qu’il
existe suffisamment d’espèces adaptées aux débutants pour qu’ils aient, eux aussi, leur mot à dire.

Étape 1 : repars de ton bac

Trois questions à te poser avant même d’ouvrir un catalogue d’espèces :
Quel volume ? Un bac de 15 à 20 litres suffit à un couple ou un trio d’une petite espèce calme.
Si tu as prévu plus grand (50 litres et plus), tu peux viser des espèces un peu plus imposantes ou plus actives.
Quelle eau ? As-tu de l’eau très douce (pluie, osmosée, éventuellement acidifiée aux feuilles de chêne ou à la tourbe), ou plutôt une eau de conduite classique, plus minéralisée ? Certaines espèces exigent une eau très douce pour se reproduire, d’autres tolèrent une eau plus dure. Un simple conductimètre, l’outil de mesure préféré des killiphiles, te permettra d’y voir clair.
Quel éclairage ? Un bac tamisé, sans éclairage direct ou filtré par des plantes flottantes, conviendra aux espèces forestières habituées à l’ombre. Un bac plus lumineux ouvre la porte à d’autres profils.

Et bien sûr : couvercle obligatoire, quelle que soit l’espèce choisie. Les killis comptent parmi les meilleurs sauteurs du monde aquariophile.

Étape 2 : compte avec la température de la pièce

La plupart des killis recommandés aux débutants se contentent d’une plage de 19 à 24 °C, sans chauffage — ce qui correspond souvent à la température ambiante d’une pièce de vie. D’autres, plus tolérantes à la chaleur, acceptent 24 à 27 °C. Vérifie donc si ton bac est chauffé ou non avant d’arrêter ton choix : certaines espèces cessent de se reproduire au-delà de 23-24 °C, quand d’autres s’épanouissent justement dans cette gamme.

Étape 3 : sois honnête sur ton expérience

C’est sans doute le critère le plus sous-estimé – et pourtant le plus important.
Tu débutes en aquariophilie ? Commence avec une seule espèce non-annuelle réputée facile (les Aphyosemion et les Fundulopanchax sont les portes d’entrée classiques de la killiphilie).
Procure-toi un couple ou un trio d’adultes plutôt que des œufs : tu apprendras d’abord à stabiliser une eau adaptée et à nourrir correctement tes poissons, avant de te frotter à l’incubation. La joie d’apercevoir tes premiers œufs dans le mop n’en sera que plus grande.
Tu es déjà aquariophile, mais nouveau chez les killis ? Tu maîtrises déjà le cycle de l’azote et les paramètres d’eau : tu peux te permettre une espèce un peu plus exigeante, voire un petit groupe plutôt qu’un couple.
Tu as de l’expérience avec des poissons délicats ou avec l’élevage ? Rien ne t’empêche de viser directement une espèce annuelle (Nothobranchius, annuels sud-américains). Leur cycle de vie saisonnier, l’incubation sur tourbe et le mouillage des œufs demandent un peu plus de technique, mais aussi de patience.

Un mot sur la composition du groupe, quelle que soit l’espèce : ne mets jamais deux mâles ensemble dans un petit volume, le dominant finissant presque toujours par imposer sa loi à l’autre. Un couple, un trio (un mâle pour deux femelles) ou un petit groupe conviennent mieux – à toi d’observer le comportement de tes poissons et d’ajuster si besoin.

Étape 4 : et seulement maintenant, tes goûts

Une fois ton bac, ta température et ton niveau d’expérience posés, plusieurs espèces répondent en général à ces critères. C’est le moment de laisser parler tes préférences de taille, de couleur et de comportement. Voici une sélection d’espèces non-annuelles parmi les plus recommandées aux débutants, qui couvrent des profils assez différents :

Aphyosemion (couple ou trio dans un aquarium de 20 L) :
• Aphyosemion striatum,
• Aphyosemion calliurum,
• Aphyosemion celiae,
• Aphyosemion gabunense,
• Aphyosemion marginatum.

Aphyosemion striatum LEC 93-29 photo d'Olivier Buisson
Aphyosemion marginatum Benghi 1-2 GJS 00 29 photo d'Olivier Buisson
Aphyosemion calliurum ABK 07-140 photo d'Olivier Buisson
Aphyosemion celiae Teke CXC21 photo d'Olivier Buisson

Fundulopanchax (couple ou trio dans un aquarium de 30 L) :
• Fundulopanchax gardneri,
• Fundulopanchax nigerianus,
• Fundulopanchax marmoratus,
• Fundulopanchax scheeli.

Fundulopanchax gardneri CI 2006 photo d'Olivier Buisson
Fundulopanchax nigerianus Baissa photo d'Olivier Buisson
Fundulopanchax marmoratus Ituka ADL 13-43 photo Olivier Buisson
Fundulopanchax scheeli - photo Olivier Buisson

Epiplatys (couple ou trio dans un aquarium de 30 L) :
• Epiplatys dageti ou Epiplatys monroviae, deux espèce très proches.

Des espèces pour un bac plus grand (50 L) :
• Aplocheilus lineatus,
• Aplocheilus panchax,
• Pachypanchax playfairi.

Epiplatys monroviae photo d'Olivier Buisson
Aplocheilus lineatus Gold photo d'Olivier Buisson

Ce n’est qu’un point de départ : notre livret d’accueil détaille d’autres genres accessibles aux débutants (Chromaphyosemion, Nothobranchius, Rivulus, Aphanius pour un bac extérieur…), avec lesquelles tu as toutes les chances d’obtenir tes premières reproductions si tu respectes ces quelques repères.

Et ensuite...

Où te procurer ton premier killi ?

Une fois l’espèce choisie, reste la question de l’origine du poisson – et c’est loin d’être un détail. À Planète Killis, nous déconseillons formellement l’achat en animalerie lorsque la provenance des poissons est incertaine, car ces circuits alimentent trop souvent, sans le savoir, le trafic d’espèces sauvages menacées.
Privilégie toujours un éleveur qui peut t’indiquer précisément l’origine de sa souche. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de rejoindre notre association : ton animateur de région pourra t’accompagner dans ce premier choix et te mettre en relation avec des éleveurs de confiance.

Et après ?

Une fois tes deux premières espèces non-annuelles maîtrisées, un monde s’ouvre à toi :
cohabitations prudentes entre certains genres, passage aux espèces annuelles et à leurs œufs voyageurs, et pourquoi pas, un jour, l’engagement dans un programme de conservation d’espèces menacées. Mais chaque chose en son temps — profite d’abord de tes premiers killis, et n’hésite pas à partager tes observations avec le reste de la communauté PK : c’est aussi comme cela que la killiphilie avance.