Bac planté avec mop flottant - photo de Pascal Bouchery

Aménager son premier bac à killis

Auteur : Jean DEVEAUX - Planète Killis.

Le Coin des débutants : bien aménager son premier bac

Discrets, colorés, captivants par leur mœurs, les killis attirent de plus en plus d’aquariophiles. Mais pour bien les maintenir, une question essentielle se pose : dans quel environnement vivent-ils réellement dans la nature ?

Comprendre leur biotope est la clé pour leur offrir de bonnes conditions en aquarium… et observer des comportements naturels souvent spectaculaires.

Les biotopes naturels

Une chose essentielle d’abord : dans la nature, la plupart des killis ne se trouvent ni dans les rivières, ni dans les fleuves, ni dans les lacs, mais dans de tout petits cours d’eau :

  • des ruisseaux
  • des zones marécageuses
  • des mares temporaires
  • de simples flaques ou fossés remplis d’eau
  • même des prairies inondables …

Le point commun ?
Une eau calme, très peu profonde (souvent quelques centimètres), souvent pauvre en oxygène, parfois dépourvue de toute végétation hormis des débris végétaux tombés dans l’eau et des racines.

Contrairement à de nombreux poissons tropicaux, ils évitent généralement les zones de courant, ce ne sont pas de bons nageurs.

Ruisseau forestier, biotope d’Aphyosemion cameronense - Sud Cameroun
bord de rivière marécageuse en Afrique de l'Ouest

Pourquoi sont-ils là ?

Les killis sont des poissons de l’extrême : ils se spécialisent dans des niches écologiques marginales dont ils sont les seuls occupants.  On en trouve même qui colonisent des biotopes où a priori aucun poisson ne pourrait survivre: des sources sulfureuses, des trous d’eau dans le désert où la température avoisine 35°C en permanence !

Ils évitent ainsi toute forme de compétition.

Pour cela, les killis seront toujours inadaptés à la vie en aquarium communautaire et préféreront être élevés seuls, dans un bac spécialement aménagé pour eux.

Et là commence le plus fascinant :

Pour survivre dans de tels environnements, beaucoup d’espèces ont développé au cours de l’évolution un mode de reproduction unique : l’annualisme. Les jeunes grandissent rapidement et atteignent leur maturité sexuelle en quelques semaines seulement. Puis, avant que leur habitat ne s’assèche complètement, ils enfouissent dans la vase des œufs capables de résister hors de l’eau pendant des mois. Cela est rendu possible grâce au phénomène de la diapause, un régulateur biologique qui stoppe le développement embryonnaire jusqu’au retour de conditions favorables.

Cette résistance des œufs à la dessication et leur incubation plus longue que celle des autres poissons est un atout majeur pour leur préservation : les éleveurs peuvent se les échanger facilement en les faisant voyager dans un peu de tourbe humide aux 4 coins du monde … par la poste !

Vous avez bien lu : vous pouvez vous procurer et échanger des espèces rares, quel que soit le lieu où vous habitez, en les faisant voyager au tarif d’une simple lettre… Seuls les killis permettent cela.

Récolte d'oeufs dans le mop - photo de Frédéric Salmeron
incubation des oeufs sur tourbe

Confectionner un aquarium adapté aux killis

Bonne nouvelle : il est tout à fait possible de recréer un environnement proche de leur biotope naturel chez soi, même en tant que débutant.

Pas besoin d’un grand aquarium high-tech, ni d’un budget conséquent. Au contraire.

Un volume adapté… mais pas forcément grand

La plupart des killis sont de petite taille, 5 à 6 cm ; certains font à peine 3 cm.

Un aquarium de 15 à 30 litres peut suffire pour débuter avec de petites espèces calmes.

L’important n’est pas la taille, mais :

  • la stabilité des paramètres de l’eau
  • l’aménagement

Un couvercle indispensable

C’est LE point crucial.

Les killis dans leur grande majorité sont d’excellents sauteurs.

Sans couvercle, même un petit espace peut suffire pour qu’un poisson s’échappe.

Une règle simple : aquarium fermé = sécurité

Un filtre… doux ou absent

Dans la nature, les eaux dans lesquels ils vivent sont calmes ou stagnantes.

Donc en aquarium :

  • soit pas de filtre (avec régulièrement des changements partiels de l’eau)
  • soit un filtre très doux de type exhausteur (oubliez les filtres vendus avec les kits aquarium, beaucoup trop forts et le plus souvent non réglables)

Un courant trop fort stresse les poissons et les empêche de se comporter naturellement.

Des plantes en abondance

C’est l’élément central. Même lorsque le biotope naturel est dépourvu de végétation, le sol est souvent couvert de feuilles tombées dans l’eau et de racines, qui fournissent des supports de ponte, des cachettes et de la micro-nourriture pour les alevins.

Pour cela, ajoute systématiquement beaucoup de plantes :

  • mousse de Java (ultra-résistante, parfaite pour débuter)
  • plantes flottantes
  • plantes à tiges fines

Les plantes permettent :

  • de rassurer les poissons
  • d’améliorer la qualité de l’eau en l’oxygénant et en absorbant les nitrates.
  • de créer des zones de ponte

Si le bac est peu ou pas éclairé, il existe des plantes adaptées comme les Microsorum qui ne demandent aucun soin, pas même de sol, les killiphiles les utilisent beaucoup.

mousse de java
microsorum pteropus
Ceratophylum demersum
anubia barteri nana

Des supports de ponte adaptés

Selon qu’ils sont annuels ou non, les killis pondent :

  • dans le sol
  • sur les plantes

En aquarium, on peut utiliser :

  • de la mousse de Java (idéal comme support de ponte et réserve de nourriture pour les alevins)
  • des “mops” (supports de ponte en laine synthétique)
  • un substrat spécifique (tourbe, fibres de noix de coco) pour les espèces annuelles

Cela favorise la reproduction, et facilite la collecte des œufs.

Un décor naturel et simple

Surtout pas de décor artificiel ! Privilégie :

  • feuilles mortes (catappa, chêne)
  • racines
  • sol sombre

Cela reproduit mieux leur environnement naturel et réduit leur stress.

feuille de catapa

Reproduire un biotope

Un aquarium… plus proche de la nature

Finalement, réussir un aquarium pour killis repose sur une idée simple :

Faire moins, mais faire naturel

Pas besoin de technologie complexe.
Ce qui compte, c’est de respecter :

  • une eau calme
  • un environnement dense
  • un cadre rassurant.
Bac planté avec mop flottant - Photo de Pascal Bouchery

Observer et comprendre pour mieux préserver

Recréer un biotope en aquarium, ce n’est pas seulement esthétique.

C’est aussi une façon de :

  • mieux comprendre ces poissons
  • observer leurs comportements reproducteurs
  • et prendre conscience, par la pratique, de la fragilité de leurs habitats

Car dans la nature, ces zones humides disparaissent souvent sans qu’on y prête attention… alors qu’elles abritent une biodiversité exceptionnelle.

En reproduisant ces conditions chez soi, même à petite échelle, on découvre une aquariophilie plus naturelle, moins technique, fondée sur l’observation… et souvent bien plus enrichissante.