Zone humide – région de La Pampa – Argentine
ASA - unis dans la diversité
Annuels Sud Américains (ASA)
L’acronyme « ASA » (Annuels Sud-Américains) désigne couramment les espèces de killis peuplant les mares saisonnières et les prairies inondables du Vénézuela, de la Colombie, du Brésil, de la Bolivie, de l’Uruguay et de l’Argentine. Toutes appartiennent à la famille des Rivulidae.
Ces poissons fascinants sont issus de milieux aquatiques temporaires, soumis à des assèchements périodiques, ce qui implique des exigences de maintenance très particulières.
Ainsi, à de rares exceptions près, leurs œufs ne peuvent éclore qu’après une longue phase hors de l’eau — souvent plusieurs mois — correspondant à la saison sèche de leur habitat naturel, lorsque mares et prairies sont totalement asséchées. On recense aujourd’hui environ 210 espèces.
Malheureusement, les informations disponibles sur les ASA se limitent souvent à de brèves descriptions, accompagnées de résumés très succincts de leur mode de reproduction. Pourtant, les nombreuses espèces présentes dans le hobby présentent des exigences extrêmement variées.
Paramètres de l'eau
Compte tenu de l’immensité de leur aire de répartition, il n’est guère surprenant d’observer d’importantes variations entre régions climatiques. Dans les zones forestières, par exemple, le pH se situe généralement entre 5 et 7, avec des eaux parfois franchement acides, comme par exemple pour Campellolebias dorsimaculatus. Leptolebias aureoguttatus, présent dans la forêt atlantique brésilienne, a même été observé dans une eau au pH de 3,8 (Pillet, 2008).

Si les ASA forestiers évoluent le plus souvent dans des eaux comprises entre 20 °C et 30 °C, ceux des régions semi-arides de la Caatinga ou du Cerrado, au Brésil oriental, vivent dans des milieux plus ouverts et tolèrent des températures dépassant les 30 °C. À l’inverse, certaines espèces argentines de l’ancien genre « Austrolebias » supportent le gel et peuvent hiverner en extérieur sous nos latitudes.

La dureté de l’eau varie tout autant. Sur le plateau brésilien, constitué d’un socle granitique, les représentants du genre Simpsonichthys vivent dans des eaux très faiblement minéralisées. À l’opposé, les ASA des plaines du Vénézuela et de la Colombie, ainsi que certains Hypsolebias brésiliens, évoluent dans des eaux nettement plus chargées : Rachovia hummelincki fréquente des eaux turbides dont la conductivité peut atteindre 2000 µS/cm, et Austrofundulus limnaeus jusqu’à 3200 µS/cm.
L’influence de la proximité marine complique toutefois l’interprétation de ces valeurs élevées : les embruns augmentent la conductivité sans pour autant accroître la dureté de l’eau.

Pondeurs de surface et pondeurs fouisseurs
De nombreuses espèces doivent impérativement s’enfouir entièrement dans le substrat pour pondre. Foersch (1958) a ainsi montré que, chez Pterolebias longipinnis, la reproduction n’a pas lieu si mâle et femelle ne peuvent s’immerger complètement. Austrolebias elongatus présente un comportement similaire : avec une couche de tourbe de 7 à 8 cm, aucune ponte n’est observée, tandis qu’une épaisseur de 14 cm permet une reproduction normale, alors même que le mâle mesure environ 13 cm (Foersch, 1978).

D’autres ASA, en revanche, se contentent d’un contact superficiel avec le substrat. C’est notamment le cas d’Argolebias nigripinnis, mais aussi des genres Maratecoara et Terranatos. Ce comportement a également été documenté chez Ophthalmolebias constanciae (Bela, 1982) et Papiliolebias ashleyae (Nielsen & Brousseau, 2014).
L’appellation « annuels » peut ici prêter à confusion, tant les situations sont variées. Certains ASA, comme les Simpsonichthys, peuvent être considérés comme semi-annuels — une hypothèse notamment avancée par Didier Pillet.
Leurs biotopes ne s’assèchent pas toujours complètement, et des éclosions en eau sont fréquemment observées, bien qu’elles ne concernent qu’une partie des œufs.


Par ailleurs, la durée d’incubation varie considérablement : elle peut être d’environ sept semaines chez Simpsonichthys boitonei, mais atteindre près d’un an chez certains Hypsolebias lorsque les œufs sont conservés à température ambiante (20–22 °C).
Offrir aux espèces que nous élevons des conditions proches de leur milieu naturel reste la clé de leur bien-être et de leur reproduction. Cela implique de les connaître précisément, au cas par cas.
Retrouvez un reportage complet sur les ASA par Dieter OTT dans le prochain numéro du Killi-Mag dans la rubrique Nos Publications (Killi-Mag 2 – réservé aux membres de Planète Killis).